| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Selon mes recherches aux archives, l'acte le plus ancien connu concernant des moulins à Champfromier date du 9 mai 1599, et concerne le lieu-dit Moulin-Dernier (hameau de Monnetier), rive gauche de la Volferine. Cette rivière prenait alors sa source au bas du synclinal des Avalanches, en un lieu alimenté par un réseau d'eaux souterraines en milieu Karstique. Elle se jette dans la Valserine après être passé par Moulin Dernier, et sous l'historique Pont d'Enfer. Sans qu'on en connaisse l'acte, ni même en quelle année, un moulin établi si anciennement qui avait donné son nom au lieu-dit, "Moulin-Dernier" (derrière, en amont de celui du Pont d'Enfer), avait été abergé par le prieur de Nantua, dont le territoire (la paroisse) de Champfromier relevait alors. En réalité, au cours des siècles, plusieurs moulins avaient nécessairement été reconstruits au même endroit, le dernier s'appelant sans équivoque le Moulin neuf ! Le prieur-seigneur avait donc délaissé son privilège de banalité (droit exclusif d'usage du moulin), et abergé (vendu) ce moulin et ses droits. Probablement après un décès, le moulin aurait été partagé entre deux héritiers, à moins que ce ne soit dès l'achat du moulin que deux familles se soient réunies pour pouvoir payer l'achat initial du moulin. L'acte remonte un peu dans le temps, témoignant que chaque moitié était grèvée d'une charge annuelle due à l'abergement d'une demi-mesure de froment, mesure de Nantua "à forme de l’asseurre (dite plus loin : asseurie, abergegeaige) faicte par le Sieur Révérend prieur de Nantua, à furent Me Pierre Duport et à Martin Ducrez [Code d'identité 10178 du fichier PHC des naissances de Champfromier] dudit Monestier". En tous cas, en 1599 ce moulin était détenu par deux nouvelles familles imbriquées, chacune dite par moitié. L'une appartenait alors à Grand-Bernard Marquis [12067] de Monestier, et de son autorité, Claude et Claudia Nyon son épouse, Michel et Thevena Vuallat son épouse, et Jacques, ses fils et belles-filles. L'autre moitié était indivise, appartenant aux mêmes Marquis de la première moitié et à Me Jaques Chappel [CI-10768], bourgeois de St-Oyan [St-Claude], résidant à Monestier, notaire ducal (et à Mya Mermet sa femme). Grand-Bernard Marquis ayant 500 florins de dettes accumulées, il fait un échange de sa moitié de moulin au bénéfice de Me Chappel, tandis que le notaire lui délaisse la moitié d'un champ sis audit Monestier, appelé En Prelle, de peu de valeur, mais complété par 500 florins pour équilibrer la valeur des deux moitiés et permettre audit Marquis de payer ses dettes. Notons que ni Grand-Bernard Marquis ni ses trois fils qui donnent leur accord ne sont dits meuniers. Les moitiés ne concernent pas seulement le moulin mais aussi les moitiés du cours d'eau qui l'alimente, jusqu'à sa source, et en aval jusqu'à (non compris) un bassin de rétention servant au moulin du Pont d'Enfer (peut-être l'actuel barrage du Pélan qui eut la même fonction). Avec le langage et les termes de l'époque, l'acte mentionne : "la moitié d’un molin sis et situé sus la rivière de (délimitatrice entre) Monestier et Chamfromier, appellé le Molin neufz, ensamble la moitié du decourt [cours] d’eau, (et en aval) dès la tourne et écluse [bassin de réserve permettant de gérer l'écoulement de l'eau] servant audit moulin d’Enffert, (et) en amont jusques à la source de ladite rivière, appelée Au Buan de l’Egue [Trou d'eau (Aigue)], lesquelles moitiés de [moulin] et moitié du decourt (cours) d’eault e(s)t indevise pour l’autre moitié avec lesdit Chappel et sadite femme, ensamble et avec tous pouvoirs ériger et bastir sus ladite rivière, dès (depuis les) torne et écluse servant pour lesdits moulins d’Enffert, (jusque) en amont" [3E17034, f° 370].
Un siècle et demi s'écoule sans que, à ce jour, nous ne disposions d'information d'archives concernant ce moulin et leurs exploitants successifs ultérieurs.
Voir une généalogie abrégée des Ducret meuniers de la Volferine
Bien qu'on n'en ait aucune trace il paraît évident que par sa configuration (vallée très étroite et profonde) le lieu du Pont d'Enfer fut propice à l'édification d'un moulin (rive gauche, territoire de Monnetier) depuis un temps très ancien. D'ailleurs le moulin situé en amont, au lieu-dit Moulin-Dernier, autrement dit Moulin derrière, fut dénommé par rapport à celui d'Enfer, pense-t-on. Ces deux moulins se trouvaient implantés sur le territoire de Monnetier, encore distinct de Champfromier pour le prieur de Nantua en 1452, lequel prieur n'eu jamais une présence significative à Monnetier. Cependant, tous ces territoires (de Monnetier, Champfromier et Communal) relevaient du prieur de Nantua et, au titre de seigneur du lieu, il aurait donc eu le droit de banalité sur tous les moulins. Il aurait donc abergé (vendu) celui du Pont d'Enfer, il y a bien des siècles. Une preuve de cet abergement serait indirectement donnée dans le partage de 1734 où on doit encore payer "le servis dû par lesdits moulins", le servis étant très souvent une clause liée aux abergements. Les archives n'ayant pas une grande ancienneté, on en est réduit à des suppositions, la première mention du (ou des) moulin(s) n'est que celle signalée ci-dessus en 1599. La suivante est en 1658... Il n'est fait aucune mention de moulin durant les picorées.
En 1658, mus par l'eau de l'Aleyvroz (ancien nom de la Volferine), les deux moulins, du Pont d'Enfer et d'Amont (Moulin-Dernier), sont acquis par échange, délaissés par le Sieur Henry Mermety de Montanges, seigneur de Montarfier (Ain), au profit de Roland [9951 (vers 1613-entre 1686 et 1692)] et Petit-Claude [8110 (dit aussi Claude le Jeune, second fils ayant le prénom de Claude (1620-avant 1671)], enfants d’Estienne Ducrest dit des Sanges, de Monestier (et d'Aimée Burdin), respectivement époux de Bernardaz et Claudinaz (décédée en 1703), deux filles Mathieu, qui délaissent leurs biens aux aux Nerbiers et au Berboy, terres des Bouchoux [Voir les Moulins de l'Aleyvroz].
On va voir que Roland Ducret sera aussi un homme du Moulin-Dernier. Son frère Petit-Claude devait donc être meunier au Pont d'Enfer, tout en habitant peut-être à Monnetier, avec son frère.
En 1677, on retrouve ce Roland avec la forme ancienne du prénom pour son père : "Roland, filz de Thiven [Etienne] Ducrest, à présent mouniers au Moulin-Dernier de Monestier" [Vente des Iles, Mss 189 du fonds privé Delaville]. Sans surprise, on comptait deux meuniers au rôle de taille de 1678, nos Roland et Petit-Claude Ducret de Monnetier.
Claudine Mathieu était veuve de notre Claude Ducrest le jeune dès 1682. En effet, elle s'obligeait à faire l’acte d’état, pris par Me Genollin, notaire royal, le 11 mai 1682, lors de la réception des moulins-foulons de Moulin-Dernier pour 6 années (moulins, maisons, follon [foulon], pré, curtil et généralement tout ce qui en dépend appelé les Moulins Derniers). C'est ce qui est repris dans un acte de 1685, où, vieille mais tutrice de ses enfants, "n’étant en état de maintenir iceux moulins follon au même état qu’elle s’était obligé ", elle renonce et d'un commun accord remet les quittances mutuelles à Roland Ducret, son beau-frère (déjà en infirmité de vieillesse et qui de ce fait ne peut plus signer) [3E14273, f° 66 (22 mars 1685)]. On s'étonne de ce que Claudine semblait plutôt attachée au moulin du Pont d'Enfer. Cet acte est le seul qui signale l'activité de moulins-foulons à Moulin-Dernier. On y foulait donc encore les étoffes (sinon des cuirs), probablement de la laine tissée (les chardons à foulon ne servant qu'à carder la laine brute), et donc probablement depuis déjà des siècles, voire le Moyen-Age, et ce n'est pas sans rappeler le blason à l'agneau qui semble celui d'un marchand de la rue de la Fruitière...
En 1700, le contrat de mariage en secondes noces de Marguerite Ducrest, fille de Petit-Claude Ducrest, avec Joseph Tissot de Monnetier, est signé au Pont d'Enfer, dans le moulin dudit lieu, rière Monestier, avec l'accord de Louis Ducret son frère [3E 3892, 8 avril 1700]. Si ces enfants de Claude le jeune habitent le moulin du Pont d'Enfer, ils ne semblent pas l'exploiter, aucun meunier n'est cité. D'ailleurs en 1697 les frères et leur mère étaient gérants du cheptel du Sr Delaville de Montanges.
Les sites des moulins de Moulin-Dernier (Moulin d'Amont) et du Pont d'Enfer furent ensuite relativement indépendants, gérés chacun par les descendances des deux frères, Roland et Petit-Claude (Claudy). Toutefois le site du Pont d'Enfer finira par les rassembler tous, avec deux emplacements privilégiés en rive gauche de la Volferine, dits du Haut et du Bas, pour une activité attestée durant près de trois siècles.
En 1695, faisant suite à la transaction de 1658, on relève que Jacques Ducrestz [413 (1657 env.-1727)], fils dudit feu Roland, s'engage à régler aux héritiers Mermety les dettes d'acquisition des moulins par son père, et les lourds intérêts. Jacques est l'époux en secondes noces de Claudine Tissot [9947], fille de Marc [Vente des Iles, Mss Delaville 190]. En 1708, meunier des "Moulins-Dernier", Jacques DuCrest meunier paye le solde de la dot de mariage de sa fille Marie [3E14280, f° 12]. Le même "Jacque Ducrest, munier aux Moulin-Dernier de Munetier, ameaux de Champfromier", est encore cité dans un brouillon de convention, malheureusement non daté mais postérieur à juillet 1706, pour transporter (faire bénéficier de) son obligation de 874 livres due à Joseph Delaville en faveur d'Honoré Fauvin, à la demande dudit Delaville [Mss 56]. Cette dette avait été à l'origine de la vente de sa terre de Chaudanne, avant qu'elle ne soit annulée et remplacée par une hypothèque. Cette obligation, devenue avec les intérêts d'une valeur de 1050 livres en 1733 est reconnue par la veuve Tissot et ses deux fils, qui promettent de payer, en 1733 [3E17447, f° 115 (11 mai 1733)]. Claudine Tissot est décédée veuve en 1750, après avoir eu plusieurs enfants.
Après Jacques Ducret, il y eut ses deux fils François [CI-752 (1704-1761)] et Antoine [CI-1022 (1711-1793)] Ducret qui sont tous deux témoins et dits meuniers en 1731 [3E17459, Testament, n° 44 (15 avril 1731)] et sept filles nées des deux lits de Jacques, mais François semble bien n'avoir pas eu de postérité, tandis qu'Antoine eut un fils Claude-François [CI-1876 (1739-1807)] du premier lit, qui sera émancipé. Antoine Ducrest est cité comme époux, meunier au Moulin Dernier de Monnetier, en 1737 [3E17460, Testament n° 126 (9 mai 1737)]. Il se mariera en secondes noces, avec Pernette Ducret [691], veuve d'Etienne Goy-Michy, meunier au Pont d'Enfer... Ladite Pernette semble toutefois avoir gardé sa maison du Pont d'Enfer jusqu'à son décès, où son mari refuse les scellés (un fils du 1er lit hors de la province), se disant donataire de tous ses biens, en 1773 [25B531, liasse 182]. Les frères Antoine et François sont toutefois dits meuniers de Moulin-Dernier en 1738 [3E17449b, f° 159 (cités pour une délimitation) et f° 163 (donant quitance pour une rente de la Chaudanne)]. Pour la dot de sa fille Claudine-Marie, fille de son premier lit, rédigée au Pont d'Enfer dans la maison de son épouse en secondes noces, Antoine Ducret, meunier aux Moulins-Derniers, lui donne 1000 livres (empruntées), 15 aulnes de toile, une vache, un coffre en bois de sapin avec une couverture de lit moitiés laine et fil, et un habit de la valeur de 27 livres, et il signe "ducRet", en 1764 [3E 17466, f° 400]. Une quittance est produite par Roland Collet, l'époux, le 14 juillet 1771 [Arch. privée N. Guichon].
Antoine, déjà âgé (et veuf en secondes noces de Pernette Ducret, veuve Goy-Michy, possédant une partie de la moitié des deux moulins d'Enfer), est cité au Moulin Dernier, à l'Etat des Ames de la Paroisse par l'abbé Genolin en 1774, dans une maisonnée comprenant Claude-François, son fils du premier lit âgé de 35 ans, sa femme et leurs 6 enfants. Les professions de ces deux hommes ne sont pas indiquées, mais il ne fait aucun doute qu'ils étaient meuniers du lieu. Il en est de même au correctif de 1781, avec 8 enfants.

Claude-François Ducret eut plusieurs fils, dont le second est François I dit Le Blanc [CI-2665 (1762-1839)], meunier décédé meunier à Moulin-Dernier en 1839 et qui porte le surnom, pas très original pour un meunier, "Le Blanc" [2665 (1762-1839)]. Comme souvent ce François Ducret est dit avoir deux métiers, meunier-charpentier, lorsqu'il se remarie en 1814 avec Jeanne Françoise Nicollet, mais n'est plus dit que meunier lorsqu'il décède en 1839 au Moulin-Dernier. François eut plusieurs fils, dont les trois premiers sont dits meuniers : François II [CI-3951 (1792-1854)], Joseph II dit Droguet [4094 (1795-1870)], qui sera meunier au Pont d'Enfer avec sa descendance, et Nicolas [4308 (1802-après 1848)].
L'Etat des sections de Champfromier (réalisé en 1833) montre que François I Ducret Le Blanc est bien meunier demeurant à Moulin-Dernier, riche propriétaire de 41 parcelles, dont des terres à Sur L'Auger, à Conjocle, etc., une maison aussi à Conjocle mais qu'il n'habite pas, la sienne étant à Moulin-dernier (C 78), voisinant son "usine" (C 76 ; foulon ?) et son moulin (aussi C 78), propriétés auxquelles s'ajoutent au Pont d'Enfer un battoir (C 2051), et un moulin (C 2054) qui comprend une maison, ces dernières semblant d'acquisition plus récente. Son fils, François II, dit meunier, ne possède alors en propre que deux parcelles de terre, ses frères n'en ayant encore aucune.
Au recensement de 1841 de Champfromier, la maisonnée des meuniers de Moulin-Dernier comprend 11 personnes, avec Nicolas [4308], propriétaire-meunier et chef de famille. Son frère aîné François II [3851], aussi propriétaire-meunier, ne vient qu'ensuite (il semble en activités aux Pont d'Enfer, aux Moulins du Bas. Quant-au 3e frère, Joseph II le Blanc dit Droguet [4094], aussi propriétaire-meunier, il est au Pont d'Enfer (qui est aussi un lieu de Monnetier), au Moulin d'en Haut.
La scie et le moulin passent à son fils Jean-François [3951 (1792-1854)] en 1843, mais au recensement de 1851, celui-ci n'est plus dit que propriétaire-cultivateur. Il n'est plus recensé ensuite et est mort à Mategnin, en Suisse. Le moulin ne semble alors plus actif, et c'est fiscalement reconnu en partie en 1876, lorsque Jean-Auguste Ducret [5213 (neveu de François qui avait été recensé enfant à Moulin-Dernier en 1841 dans la maisonnée de Nicolas)], voit sa taxe fiscale baissée pour "démolition partielle de scierie et moulin" en C78 (Moulin-Dernier) [3P655 (pages des diminutions de 1876)]. On relève aussi qu'en 1876, est fiscalement enregistrée la démolition du battoir de Jean-François Ducret [3951] en C1744 (au Pont d'Enfer) [3P655 (pages des diminutions de 1876)]
De nos jours, sur place, le canal d'amenée des eaux pas encore comblé et une grande meule axée perpétuent le souvenir d'un dernier moulin à Moulin-Dernier. Si le moulin du Pont d'Enfer disparaît, par contre l'activité familiale de meunier se poursuit puisque trois fils de Joseph Doguet seront meunier au Pont d'Enfer.
Voir aussi un historique des occupants depuis 1777 et des photos à Moulin-Dernier

Après Claudy (Petit-Claude) Ducret [8110 (décédé avant 1671), époux de Claudine Mathieu], la gestion du moulin du Pont d'Enfer passe par une période floue. Claudy eut un fils aîné Louis et un puîné Etienne [CI-130 (1667-1751)], propriétaires, sans avoir jamais retrouvé aucune mention attestant qu'ils auraient eu personnellement une activité de meuniers. D'ailleurs en 1697, Louis (qui savait signer) et sa mère géraient le cheptel du Sieur Delaville au village voisin de Montanges. Quant à Etienne, qui sera convaincu d'homicide en 1697 sur un autre Etienne fils de Pierre Ducret, et dont il sera pardonné moyenant le paiement de 410 livres de dommages... il fit le partage oral des moulins, battoir et scie du Pont d'Enfer le 23 septembre 1720.
Le partage entre trois enfants d'Etienne va voir pour un temps le Pont d'Enfer du Haut revenir à l'aîné Joseph [CI-9953 (vers 1687-1731)], et le Pont d'Enfer du Bas à deux autre enfants, Pernette [CI-691 (1702-1773)] et Pierre-Joseph [CI-879 (1707-1733)].
Par le partage oral de 1720, cité en 1728 (avec mentions tant du moulin d'en Haut que de celui d'en Bas), Joseph, fils d'Estienne Ducrest, dit meunier au moulin d'en haut dudit lieu d'Enfer, Etienne Goy-Michy, meunier au Moulin d'Enfers du moulin d'en bas, beau-frère de Joseph (époux de Pernette), et Pierre-Joseph Ducrest [, son frère mineur demeurant alors à Sous Roche, paroisse de Chézery, dûment autorisé d'honnête Henry Truchet [10390], charpentier de Monnetier, son curateur, conjointement entre eux, sont dits avoir procédé à un partage et division desdits moulins, battoir à chanvre et scie dudit lieu d'Enfers. Mais ce partage n'était pas encore rédigé par écrit, attendu que ledit Pierre-Joseph Ducrest n'était pas encore en âge de majorité pour pouvoir procéder à un partage qui soit fait en toutes formes requises. Et par cedit partage et division fait entre eux verbalement, il est arrivé audit Pierre-Joseph Ducrest et à ladite Pernette Ducrest sa sœur, femme dudit Goy-Michy, pour leur part le moulin d'en bas avec ledit battoir à chanvre, une partie de maison et certaines pièces de terre.
L'une des parcelles dites pièces de terre pourrait être l'étang du barrage du Pélan sur la Volferine qui servait encore récemment aux meuniers. On voit en effet en 1730, les "meuniers d'Enfers" cités pour avoir leur terre voisine d'une parcelle dite "Le Champt de la Combe de L’estand" [3E17445a, f° 235].
Peu après des travaux effectués sur le moulin d'en Haut, un moulin est incendié le jour de la Saint-Martin 1722. D'après ce qui suivra il s'agissait du moulin d'en bas, un incendie s'étant probablement déclaré après un éboulement rocheux. A la Saint-Martin, c'était donc le 11 novembre 1722, jour saint traditionnel repère de la mémoire orale, et ce fut un drame : le 23 novembre 1722, décédait Françoise Rey-Grobellet, épouse de Claude-Henry Ducrest-Chevron [10017?], peut-être l'épouse d'un employé au service du moulin, "ayant été opprimée sous les ruines du Moulin d'Enfer, ayant donnée des signes de vie et de repentances de ses pêchés"... Le 1er août 1723, Pierre-Joseph [879], encore mineur agissant de l’autorité d’Henry Truchet son curateur judiciairement établi, et Pernette sa sœur autorisée d'Estienne Goy-Michy son mari demeurant tous au "Moullins d'Enfers (d'en Bas)", reconnaissent avoir reçu 800 livres tournois (à rembourser en rente annuelle), dont 300 livres ont été employées à l'achat de deux meules de moulin en Bourgogne, 250 livres pour la moitié d'un acquittement envers le Sieur Delaville de Montanges, et le surplus pour le voiturage de ces deux meules de moulin, et "pour le rétablissement du moullin d’Embas, qui a été incendié et ruiné par la roche qui est tombé dessus à la St-Martin proche passée" [AD01, 3E17073b, f° 60v].
Durant sa minorité, la part du cadet Pierre-Joseph Ducret, demeurant à Sous-Roche (Chézery), est acensée à son beau-frère Estienne Goy-Michy, dit Me charpentier dudit Champfromier, et à Pernette Ducrest [691], sa femme. Un bail du 8 mai 1724 manque, mais on dispose d'une quittance, confuse "de 150 livres pour reste et plein payement du prix de la cense de la moitié des moulins à blé, battoir à chanvre et biens en dépendant, assis rière ledit Monnettier au lieu du Pont d'Enfers, de 5 années échues au 8 mai prochain (1729)", semblant inclure une partie revenant à un créancier "et le surplus du prix d'icelle (cense) a été payé par lesdits mariés au Sieur Jean Blanc de Chesery, et ledit Pierre-Joseph se contente de cette rente annuelle de 50 livres chaque année pour le prix de ladite cense" [3E 17444, f° 49 (Me Devaux, acte de 1729)]. D'ailleurs en 1732, est signalé un emprunt de 800 livres qui avait été obtenu par par Pierre-Joseph et son beau-frère charpentier auprès du Sr Blanc bourgeois de Chézery, qui est converti en une rente annuelle et perpétuelle de 40 livres ; et pour garantie les Moulins d'Enfers, appartenant à Pierre-Joseph et Pernette, frère et soeur, sont hypothéqués [3E 17446, p. 163].
Le partage confirmé par écrit en 1728, avait pour raison des travaux nécessaires demandés par Etienne Goy-Michy. Le devis est produit par deux maîtres charpentiers de Monnetier : "premièrement, qu'il était nécessaire de faire une chèvre pour supporter les chennaz, soit brochet, qui conduisent l'eau sur la roue du moulin d'en bas, et pour faire ladite chèvre avec les bras nécessaires, il faut 7 pièces de bois de chêne ; plus faire une petite roue appelée rouel audit moulin ; et pour les réparations à faire audit battoir à chanvre, ils ont déclaré être nécessaire d'y mettre et poser trois sommiers, soit poutres, pour supporter la conche dudit battoir à chanvre, avec quatre piliers pour tenir élevé lesdits sommiers, soit poutres, de la hauteur qui est nécessaire ; (il) faut de même trois pièces pour supporter et soutenir l'arbre dudit battoir ; (il) faut de plus deux pièces pour supporter la conche dudit battoir qui serviront de clef pour la tenir jointe et liée ; et (il) faut encore un joug pour faire rouler la pierre dudit battoir (…) le tout en bon bois de chêne ; et ont de même reconnus (…) que lesdits Goy-Michy et Pierre-Joseph Ducrest ont fait ci-devant, depuis peu de temps, le trubis (?), soit roue dudit battoir à chanvre ; et ont de plus reconnus être nécessaire de refaire la paroir (la toiture) dudit battoir du côté de la scie, comme encore celle du côté de l'entrée dudit battoir ; (il) faut de plus une charge de tavaillons, avec un millier de clous, pour accommoder le couvert dudit battoir ; (il) faut de même une demie douzaine des ays (d'aies) pour faire un couvert sous le roc, pour recevoir l'eau qui tombe dudit roc dans ledit battoir ; et (il) faut encore faire une grenouille de fers avec grappe, servant à faire tourner l'arbre dudit battoir, (Et ils ont dit) ne pouvoir pas faire faire lesdites réparations et ouvrages à moins de la somme de 84 livres, en fournissant tous les bois et fers nécessaires (…)" [3E17443, f° 321].
On en sait un peu plus sur Joseph Ducret [9953], le frère apparaissant comme l'aîné, époux d'Anne Vuaillat-Malley de Chézery, disposant du Moulin d'en Haut et de la scie. Meunier de Champfromier, en 1719 il rachète la part 240 livres la part de sa sœur Marie dans la succession de Claudine Mathieu leur grand-mère paternelle lui laissant le "droit de scier, et de battre franc sans payer aucun droit" [3E13528, f° 104 (2e série)]. Il est meunier au Pont d'Enfer dès 1721 (baptême de leur fille Bernarde le 24 mars). Meunier aux Moulins du Pont d'Enfer, en 1722 il fait exécuter des travaux au Moulin d'en Haut (une galerie en bois et 2 meules neuves, le tout réalisé par deux maîtres charpentier et un maître maçon (72 livres) et le même jour il accepte un devis (220 livres) pour la scie (lame neuve et travaux) au Moulin d'en Haut [3E3899c (14 juillet 1722)]. Il est meunier en 1725 (baptême de leur fils François le 5 mars 1725). Meunier au Pont d'Enfers en 1730, il permet (pour 5 livres) à son voisin de ramasser les noix de ses deux noyers (Très le Crêt) qui tombent sur sa parcelle [3E17445a, f° 158]. Il décède en janvier 1731 [3E17447, f° 185 de 1734 (30 novembre 1734)].
Pierre-Joseph Ducrest, le plus jeune frère, fait son testament le 1er novembre 1733 et ne survivra que quelques jours. Ce testament est instructif. Malade depuis deux mois, sa femme est enceinte (d'une fille qui naîtra orpheline de son père). Un inventaire est réalisé, craignant, suivant la formule habituelle, "que son épouse ne soit accusée de spoliation et pour éviter les frais de scellés par les officiers de la châtellenie de Montanges". Contrairement à une idée reçue sur les meuniers, il n'était pas riche, et le testament de la veuve de son frère aîné fera la même constatation en 1749. La dot anticipée à la fille Marie [CI-1586 (1730-1804)], héritière universelle de Pierre-Joseph (alors âgée de 3 ans) est très modeste : 120 livres seulement, une génisse, une chèvre, 12 aunes de toile de ménage moitié rite moitié étoupe, et un habit de la valeur de 15 livres, les espèces étant à payer par son héritier 6 et 7 ans après le mariage... Les meubles, ces objets qui pourraient être distraits de la succession..., sont très ordinaires, se composant "d'une clamalière [crémaillère], d’un pot à feu de fer tenant environ un demi-seau d’eau, d'une poêle à frire, d'une coigné, d'une ache [sic], d'une scie d’environ trois pieds de long, d'une planette de peu de valeur et d'un joignorez (?), d'une pelle à feu, de six draps de lit avec une couvert de lit". Il n'est pas fait allusion au moulin lui-même (présumé indivis avec sa soeur Pernette), mais aux "meubles" qui permettent son entretien : "Plus a déclaré avoir dans sa forge, un soufflet, une cornue, trois marteaux à main, et un gros marteau avec un petit de traits (?) à main ; Item, une dizaine de limes et une meule (...) Et outre ce que dessus, il a déclaré avoir encore cinq marteaux propres à piquer les pierres [meules] des moulins, qui sont encore par indivis avec Pernette Ducrest sa sœur". Comme on le voit, ce qui a de la valeur, c'est encore à cette époque ce qui est en fer et ce qui permet de le travailler, la forge et les outils pour reprendre les meules usées, rien de plus ! Signalons par ailleurs, parmi les témoins de ce testament la présence de "François Barllet [Barlet] d’Echallon demeurant auxdits Moulins d’Enfers", un présumé un modeste employé meunier, qui finira sa vie à Champfromier [3E17460, Testament, n° 84 (1er novembre 1733)]. Pierre-Joseph meurt le 6 novembre, âgé de 26 ans.
Tardivement, en 1762, Pernette Ducret, veuve d'Etienne Goy-Michy depuis 1738, se remarie avec Antoine Ducret [CI-1022], meunier... de Moulin-Dernier, après dispense au 3e degré de parenté, Thieven Ducret [CI-9950] étant leur ancêtre commun, père de Roland et de Claudy, grands-pères de chacun des nouveaux époux.
En cette fin d'année 1733, il n'y a plus de fils Ducret vivants de cette lignée. Pour poursuivre l'activité de meunier au Pont d'Enfer, tout repose désormais sur trois femmes, Pernette leur soeur dont l'époux Etienne Goy-Michy est très actif, la veuve de Joseph et celle de Pierre-Joseph. Les moulins semblent alors fonctionner au mieux de manière minimaliste et par amodiations (gérances) complexes. Ainsi, en 1777, nous verrons qu'après un nouvel éboulement au Moulin du Bas, restauré, la mise en amodiation pour 3 ans de "deux portions de moulin" et d'une maison, est remportée par Claude-François Gros-Burdet, époux en secondes noces de Marie-Anne Julliand, elle-même épouse en secondes noces de François Ducret, fils de Joseph et Anne Vuaillat, l'amodiation étant faite au nom de trois enfants des deux lits de François...
Fin 1733, veuve de l'aîné Joseph, Anne Valliat-Malley, semble être la plus active et aussi la plus représentative. D'ailleurs, elle avait été citée au testament de Pierre-Joseph, son beau-frère, avec la mention qu'elle avait les papiers de la famille... [3E17460, Testament, n° 84 (1er novembre 1733)]. Elle est aussi connue pour avoir payé une partie de la dot attribuée par l'aïeule Claudine Mathieu à Françoise Truchet une cousine de feu son mari, en 1734 [3E17447, f° 1 de 1734 (3 janvier 1734)]. Il y eut un partage oral avec ses frère et soeur des battoir, scie et moulin d'Enfers en 1734 [3E17447 (f° 129, le 1er août 1734)]. Elle avait un frère à Chézery mais natif de Lélex, cité en 1734 [3E17447, f° 160 de 1734 (30 septembre 1734)]. En novembre 1734, elle accepte un nouveau partage des biens du Pont d'Enfer (l'ensemble ne valant que 395 livres), et obtient le moulin d'en Haut (qu'elle avait déjà), le battoir à chanvre, la moitié de la maison et d'une pièce de terre voisine [3E17447, f° 185 de 1734 (30 novembre 1734)]. Elle achète (20 livres) une terre Devant la Maison à Monnetier, en 1736 [3E17448b, f° 131]. Veuve de Joseph "pauvre artisan" demeurant aux "Moulins d'Enfers, rière Monnetier" elle fait son testament et meurt en 1749 [3E17461, Testament, n° 264 (26 octobre 1749)].
Notons que la Marie Ducret, la fille héritière universelle de Pierre-Joseph, habitant toujours sur place, se maria et épousa un Etienne Mathieu [9460], témoin "demeurant aux Molins d’Enfers", en 1751 [3E17461, Testament, n° 280 (5 avril 1751)]. Cet époux semble s'être peu investi dans les moulins. Toutefois Estienne Mathieu est "meunier demeurant aux Moulins d'Enfer", en 1756 [3E17462, f° 66].
En août 1734, Etienne Goy-Michy [10494] et Claudine Jacquinod-Cary, veuve de Pierre-Joseph Ducret, beau-frère d'Etienne, envisage des travaux au battoir à chanvre. Les experts en donnent le détail (couvrir de tavaillons, faire un brochet pour conduire l'eau sur la roue, faire le cordon de la conche, mettre une poutre pour tenir l'arbre du battoir, et faire des chena(u)s pour conduire l'eau aux moulin et battoir [3E17447 (f° 129, le 1er août 1734)].
En novembre 1734, a lieu une nouvelle répartition. Pernette et sa belle-soeur (Claudine Jacquinod-Carry) veuve de Pierre-Joseph, estimant que la part groupée pour les deux plus jeunes enfants (dans le partage oral de 1720) avait été à leur désavantage, elles assignent Anne Vuailliat veuve de Joseph pour obtenir un nouveau partage (l'ensemble à partager étant estimé à la modeste valeur de 395 livres, du moins dans l'acte), ce que cette dernière accepte pour éviter les frais d'un procès. Cette fois les choses sont faites sans discussion possible. Des charpentiers de Chézery et deux prud'hommes réalisent d'abord deux parts égales. Le lendemain deux billets sont déposés dans le chapeau d'un enfant passant par là et il en donne un à Anne Vuailliat. Elle obtient le premier lot, composé du "moulin d'en haut (comme précédemment) avec le battoir à chanvre, la moitié de la maison du côté du levant, icelle maison étant partagée par la frête [la faîtière] et les colonnes de ladite frête, étant sur ladite partie la moitié d'une pièce de terre qui joint ledit moulin d'en haut, contenant pour semer environ une demie mesure de blé, que jouxte la torne dudit moulin du levant et la rivière du couchant". L'autre partie, Pernette et la veuve, obtiennent "le moulin d'en bas avec la scie, la moitié de ladite maison du côté du couchant, l'autre moitié de ladite pièce de terre qui joint ledit moulin d'en haut, qui contient pour semer une demie mesure, que jouxte l'autre moitié divisée du vent, la torne dudit moulin d'en haut du levant et la rivière du couchant" et diverses pièces de terre à Monnetier (2 journaux En Perlle, 2 journaux à Sous-Massant et une terre d'une mesure et demie de blé à Sous le Chéry). L'acte donne encore bien des précisions : "et comme la part arrivée à ladite Vualliat est de plus grosse valeur, à ces causes elle demeure chargée de payer les deux tiers des servis dus par lesdits moulins ; et a été convenu que toutes les grosses réparations à faire dès à présent auxdits moulins, scie, battoir et maison se feront à communs frais, et les petites réparations et entretien des couverts desdits moulins, scie, battoir et maison chaque (par) partie en son particulier ; et lorsqu'il y aura du blé à moudre au moulin d'en bas ladite Valliat ne pourra pas faire battre du chanvre audit battoir, et lorsqu'il y aura du chanvre à battre lesdits mariés [Pernette et Goy-Michy] et Jacquinod ne pourront pas faire scier du bois en sadite scie, ou du moins qu'il ne se trouve une quantité d'eau pour battre et scier ensemble ; et ladite Vualliat remettra à l'autre partie 4 crochets de fer servant à faire scier les bois et 2 boucles servant à la selle de ladite scie, avec la lime pour l'accommoder ; et a été de plus convenu que le chemin, soit passage, qui fait le tour à ladite maison demeure commun et libre entre les parties avec le four, de même le pré qui est dessous le chemin au-dessus de la [f° 189] tourne du moulin d'en haut demeure par indivis avec les aisances devant et derrière de ladite maison ; de plus a été convenu qu'après 3 années il sera permis aux parties de changer de part et lot". [3E17447, f° 185 de 1734 (30 novembre 1734)]. Notons que dans cette nouvelle répartition la scie et le battoir semblent changer de lot.
Etienne Goy-Michy (époux de Pernette Ducret) était déjà meunier avant le décès de ses deux beaux-frères, mais il ne leur survivra pas longtemps. Des attestations en tant que meunier au Pont d'Enfer s'étaient observées à la naissance de son premier enfant en 1724, et comme témoin, meunier au Moulins d'Enfers en 1732 [3E17459, Testament, n° 61 (15 octobre 1732)]. Mais en 1738, Etienne Michy [Goy-Michy], meunier au Pont d'Enfer, décède accidentellement "Etant tombé dans un précipice en cimant un arbre pour en avoir la feuille, son corps a été levé le même jour par le curial des lieux..." Le couple avait eu 6 enfants, nés entre 1724 et 1739.
En 1745, les enfants cousins germains des deux familles, celle de Joseph Ducret (époux Anne Vuaillat-Maley) et celle de Pernette Ducret (épouse Goy-Michy), frère et soeur, sont dits meuniers : "Joseph [1440] fils de feu Estienne Goy-Michy ; et François [1457] et Joseph [1251] fils de feu Joseph Ducrest, demeurant tous au Moulins d’Enfers" sont témoins [3E17461, Testament 213 (16 octobre 1745)]. En 1749, Anne Vualliat-Maley, fait son testament, étant veuve de Joseph Ducrest, pauvre artisan demeurant aux Moulins d’Enfers, rière Monnetier, paroisse de Champfromier, laquelle étant détenue malade auxdits Moulins d’en Haut [3E17461, Testament, n° 264 (26 octobre 1749)]. Elle meurt le 31 octobre (1749), meunière au Moulin d'Enfer, laissant ses deux fils François [1457] et Joseph [1251], héritiers universels, mais on ne retrouve plus de mention de meunier. Par exemple, en 1754, ils sont tous deux témoins, "demeurant tous deux aux moulins dudit lieu d’Enfers", mais sans mention qu'ils soient meuniers [3E17461, Testament, n° 296 (3 septembre 1754)].
Signalons que François Ducret [1457] meurt en 1767, âgé de 42 ans, laissant cinq enfants de deux lits (Tournier et Julliand). En 1774, Marie-Anne Julliand [9601], sa veuve est remariée avec Claude-François Gros-Burdet, natif de Chézery. Ce Claude-François figure à l'Etat des Ames de la Paroisse de Champfromier par l'abbé Genolin en 1774, demeurant au Pont d'Enfer, avec son épouse, leur fils Joseph, et 5 enfants du premier lit de l'épouse. On ne les retrouve plus au correctif de 1781 pourtant ce Claude-François Gros-Burdet ne décédera meunier au Pont d'Enfer qu'en 1783. Vers décembre 1775, après l'éboulement mortel de 1722, un nouvel éboulement détruit à nouveau les moulins. En effet, en mai 1777, Claude-François Gros-Burdet, à l'occasion de l'amodiation des biens du premier mari de son épouse pour les trois enfants de deux lits de feu son premier mari, déclare que, concernant les "deux portions" de moulin, "lesquels moulins après avoir été ruinés et écartés par la chute d’un rocher il y a environ une année et demie" et qu'il les a renouvelés et reconstruits. Les biens se composent principalement de "deux portions de moulin (Haut et Bas ?), une maison (entière ?) avec 4 journaux de terre". Concernant l'amodiation, mieux que sa femme, et d'autres adjudicateurs, c'est Claude-François Gros-Burdet lui-même qui sera le meilleur enchérisseur (96 livres) pour un bail de 3 années. Notons qu'il s'engage à ensemencer les terres (dont certaines semblent nouvellement acquises) en céréales variées, mais il ne fait aucune déclaration concernant les moulins... [25B531, liasse 202]. En 1781, Etienne [2574] Ducret, seul fils du premier lit de François [1457] avec Jeanne-Marie Tournier, est recensé seul à la Malacombaz, et étonnamment dit meunier ! Il meurt en 1785, âgé de 26 ans. Des deux frères nés du second lit de son père, Jean-François meurt en 1786, âgé de 23 ans, Les deux soeurs du premier lit se sont mariées en 1775 et 1778. Pierre-Joseph I (dit Pierre) Ducret [CI-2736 (1764-1836)], le dernier vivant des trois fils des deux lits de François [1457], lui-même époux en premières noces de Marie-Anne Ducret, est déjà meunier au Pont d'Enfer entre 1788 et 1808, d'après les baptêmes de ses enfants. Il le sera toute sa vie, bien qu'il soit parfois dit laboureur ou charpentier. Les plans napoléoniens attestent que son moulin était celui du bas (dont on voit encore de nos jours une muraille percée de deux baies, sous le pont routier) et que sa belle maison (11 ouvertures fiscales) y était presque attenante (Maison Evrard, de nos jours Manillier). Son fils Martin [CI-4436 (1805-1847)] du premier lit, qui était dit cordonnier lors de son mariage en 1834, est donné pour meunier au recensement de 1841, demeurant dans cette même maison. Pierre-Joseph, meunier, épousera en 1815 en secondes noces, Marie-Hélène Seigne-Martin. En 1844, le mariage de leur fille Julienne rappelle que de son vivant il était meunier. En 1859, François Ducret/Legros [CI-5545], meunier, fils du défunt Martin Ducret [4436] meunier, se marie avec une Borgel d'Eloise et exerce son métier au Pont d'Enfer. Un enfant mort âgé de 19 ans semble définitivement clore la lignée.
Le 28 mars 1862 est mis en vente par licitation à la requête de Pierre Joseph II Ducret [5268] et d'au moins une sœur, contre Justine Ducret [4298] (veuve depuis quelques années de Martin Ducret [4436], oncle de Pierre-Joseph II), et ses enfants, du moulin à blé, avec son maigre matériel et un vieil âne [Moulin du Haut ?], de l'emplacement de l'ancien battoir à chanvre démoli (mise à prix de ce premier lot à 2000 francs), et de parcelles (200 francs) [L'Abeille du Bugey, Samedi 8 mars 1862, page 4]. Il se trouve que ces biens, et d'autres, seront à nouveau mis en licitation le 14 septembre 1878 [L'Abeille du Bugey, 25 août 1873, pages 3 et 4], par l'escompteur de Châtillon-de-Michaille. On connaît ainsi les acheteurs lors de la première licitation, qui sont les six enfants de Joseph II Ducret [CI-4094] (le père étant de Moulin Dernier, et trois des fils étant meuniers au Pont d'Enfer). La désignation est aussi un peu différente "un moulin, lieu-dit au Pont d'Enfer, comprenant deux tournants, deux paires de meules, avec habitation pour l'usinier, cave, écurie, sol et battoir, de la contenance de 1a 20 ca, numéros C 2054 et C2051 [C, et non D (les deux bâtiments, moulin et battoir, rive gauche en amont du pont].
En 1876, Jean-Baptiste Ducret [CI-5292], 48 ans, l'un des enfants acquéreurs de la licitation de 1862, était pourtant bien dit meunier lorsqu'il se maria et épousa Marie-Françoise-Ludivine Coudurier.
On ne connaît l'acquéreur du moulin de la licitation de 1878 ; c'est peut-être Jules Ducret, fils de Roland, ancien menuisier. Toutefois le moulin ne semble plus en fonction, dès lors la parcelle n'étant plus définie que par sa surface au sol. Il est étonnant d'observer qu'en 1882 (1er mai), étaient imposés à Champfromier 5 moulins et 2 scieries [AD01, 3P658 (Résumé de tête)]. Il est donc à présumer que les propriétaires des mulins n'avaient pas pris la décision de les déclarer fiscalement comme inactifs.
Il faudra attendre 1904 pour voir poindre un projet de nouveau moulin à Champfromier, moulin communal cette fois, et qui fonctionna de 1912 à 1962.
En 1833, les bâtiments sont essentiellement positionnés sur la rive gauche de la Volferine (territoire de Monnetier de longue date)

A partir de 1833 environ, on peut aussi connaître la succession des propriétaires d'un bâtiment en consultant le registre des propriétés bâties et non bâties.
Ainsi le Moulin d'en Bas du Pont d'Enfer (C1744), dont les ruines d'un mur comprenant deux ouvertures sont encore bien visibles sous le pont routier actuel y est donné pour être un moulin ayant un sol de 290 m² de superficie et deux ouvertures (fenêtres) fiscales, appartenant à "Ducret Pierre [CI-2736 (Pierre Joseph I)], meunier, et les héritiers de Seigne-Martin Hélène sa femme (en secondes noces), veuve de Genolin Henri, (demeurant) au Pont d'Enfer". Notons que ce meunier est aussi propriétaire d'un battoir [D182] (dont nous n'avons pas pu retrouver l'emplacement de la parcelle sur la feuille de plan correspondante, rive droite de la Volferine, des plans napoléoniens), d'une superficie de 40 m², battoir dit situé sur le Ruisseau du Pont d'Enfer (aussi dit plus tard le Nant, ou au Nézelet) [Case 181]. La mutation date de 1846, où ces moulin et battoir sont chacun partagés entre deux fils, chacun pour moitié, Ducret Martin meunier [4436] et Ducret François [4095], sa veuve et leurs héritiers [Cases 139 et 116]. Le tout est regroupé à la mutation suivante, en 1864, changeant de famille au profit de Ducret-Lezet [Ducret/Liset/Meunier] Jules [CI-6486], très gros propriétaire, avec l'erreur probable que la parcelle d'un moulin n'est dite qu'en partie et de 100 m² [Case 174]. On garde encore de nos jours le souvenir de ce Jules qu'on disait avoir les jambes arquées à force de porter des sacs de grains et de farine sur le dos ! Par la mutation suivante, la seule parcelle du moulin (le battoir étant désormais dissocié), passe en 1872 environ à "Ducret Jean-François, fils de Julien, dit Lizet" [CI-1955]. Dès lors la mention de moulin disparaît pour se limiter à celle d'un sol qui n'est plus dit que de 50 m² [Case 575]. Le propriétaire suivant est "Ducret Jules, fils de Roland, ancien menuisier" [CI-6486], vers 1875 [Case 400]. On dit que Jules avait fait faillite et ainsi vendu la parcelle et le droit d'eau au suivant, " Ducret Victor, exploitant de scierie" [CI-6515], toujours pour 50 m², vers 1907 [Cases 972 et 982]. Dès lors les scieries ("Ducret Frères") prennent le relais des moulins dans l'activité locale.
La vaste maison voisine du moulin du Bas (C 1745), dont le linteau de porte orienté vers le vrai Pont d'Enfer historique est gravé "1799 P DC" (probablement Pierre DuCret), fut certainement construite sur les ruines d'une précédente maison de meunier du Moulin d'en Bas. En 1833, elle appartenait en totalité, comme le moulin voisin, au meunier Pierre Ducret [CI-2736 (Pierre Joseph I)] et était dotée de 11 ouvertures fiscales pour une superficie de 270 m² [Case 191]. Pierre esdt décédé en 1836, mais la mutation attendra 10 ans avant de voir la maison divisée en 1846 entre quatre nouveaux propriétaires, dont un seul meunier : MARTIN Paul, tisserand, pour 3 ouvertures et 81 m² [Case 542] ; Coutier Philibert, fils de Martin, pour 4 ouvertures et aussi 81 m² [Case 532] ; Ducret Jeanne-Marie, fille de Pierre, pour 3 ouvertures et 51 m² [Case 540] ; et Ducret Martin, meunier, pour aussi 3 ouvertures et 51 m² [Case 139] (les totaux ne donnant pas exactement la superficie initiale ni le même nombre d'ouvertures...). A noter que Martin avait aussi racheté la moitié du moulin voisin, et qu'il acquerra en 1857 dans cette maison la part de Jeanne-Marie Ducret. La sortie de sa désormais moitié de maison se fera en 1864 au profit de Julien "Ducret-Lezet" [Case 174]. Au MARTIN succédera un Gilbert-Joseph MARTIN, douanier, tandis que la part du Philibert Coutier passera à un Nicollet. Dernièrement cette maison était connue sous le nom de Maison Evrard, avant d'être acquise en 2023 par Ludovic Manillier. Vers 1900 une magnifique photo sur plaque, attribuée à Marius Chapuis, ancien opérateur des Frères-Lumières, avait immortalisé la maison.
La maison voisine, sur l'ancien chemin en allant vers Monnetier [Costa] (C 1747) appartenait à une veuve Ducret. La maison comportait 5 ouvertures pour 130 m². La veuve ne peut être que Marie-Thérèse Tournier-Mermillon [CI-2713], épouse de Joseph I Ducret [2584], marchand décédé en 1825, frère de François I dit le Blanc, meunier issu d'une souche de Moulin-Dernier, sans postérité. La maison passa en 1840 à la commune, qui en fit une école !
La maison suivante encore (C 1748) [Joly], est double dans le temps. La première, appartenant à "Ducret François (I) [CI-4095 (1795-1848)], fils de Pierre, veuve et héritiers" comportait 140 m² mais 3 ouvertures. Elle est fiscalement démolie en 1840, tandis que la nouvelle maison est construite la même année, ayant la même surface mais comportant 10 ouvertures (plus tard on en trouvera 14) [Case 116]. En 1851, Rosalie Genolin [4253], veuve de François I Ducret [4095], est recensée meunière en cette maison, avec son fils Pierre-Joseph II Ducret [5268]. Cette grande maison est alors partagée avec la famille de François Gavard, brigadier des douanes. En 1861 Rosalie y habite encore, meunière, mais avec seulement une fille. La maisonnnée se complète avec deux familles de douaniers (Goyvanier et Bouvier). En 1864, la maison passe à un Collet Eugène de Sous les Prés [Case 531], et en 1882 à des Bonhomme/Boisseau [Case 496].
Le battoir (C2021) et le Moulin du Haut (C2054), font partie de la longue liste des biens de "François Ducret dit Le Blanc meunier, Moulin-Derrière" [2665 (1762-1839)], meunier natif de Moulin-Dernier, qui avait épousé en 1ères noces Marie-Françoise Tournier, portant les mêmes nom et prénom que l'épouse de son frère Joseph, marchand. La maison-moulin eut deux puis trois ouvertures et une superficie de 90 m², tandis que le battoir ne couvrait que 30 m² [Case 114]. Ils sortent fiscalement en 1842 au profit de son fils Ducret Joseph II [Ducret-Droguet, CI-4094, frère de François II et de Nicolas] [Case 156]. Le battoir passe en 1900 à Jules Ducret (?) puis à Cyrille Ducret. Il en serait de même pour la maison-moulin. Aux recensements de 1841 à 1866, ce Joseph II Ducret est recensé en cette maison. Signalons que la demande par Joseph II Ducret dit Droguet [4094] de construire une scierie au Pont d'Enfer, avec achat du terrain, reçoit un avis favorable de la municipalité en mai 1833 [RD 8, f° 76 (10/05/1833)]. En 1876, est d'abord fiscalement enregistrée la démolition de la scie d'un "Joseph-Anthelme" Ducret en D38. Cette cote manque au plan, mais d'une superficie de 1240 m², elle se situait rive droite immédiatement après le vieux pont (future scierie Jean-Louis Ducret). Puis une scie nouvelle est fiscalement achevée en 1877 au nom de Joseph Ducret, taxée en 1880 [3P655 (pages des diminutions de 1876 et de 1877)]. En 1878 (juin), une vente par licitation concerne les biens de Paul Coutier (une scierie et des pré et terrain d'entrepôt) qui sont en amont de l'ancien bief du Pont d'Enfer (entre la Volferine et l'ancien chemin de Monnetier) et qui sont dit délimités au sud par "les moulins des héritiers de Ducret-Droguet [4094 (Joseph II)]" [L'Abeille du Bugey, 23 juin 1873, page 3].
Notons qu'en 1833, les plans napoléoniens (feuille DD) montrent peu de bâtiment sur la rive droite de la Volferine (Champfromier, Chef-lieu). On relève une maison (D1), rive droite et en amont du vieux Pont d'Enfer [partie ouest de la future scierie] appartenant à Joseph II Ducret [CI-4094], lequel possède aussi le battoir C 2021 et le moulin du haut C 2024, ainsi que la scie D 38, dont le numéro n'apparaît pas sur le plan, d'une superficie notée de 40 m², mais surchargée en 1240 m², avec un solide revenu de 15 francs, mais notée au nom de François Ducret-Le Blanc, meunier de Moulin Dernier à l'état des sections mais de Ducret Joseph au registre des propriétés, entre 1842 et 1843...
En 1870, un François Ducret [CI-5323], fils de Roland, est dit meunier, lorsqu'il épouse Jeanne-Françoise Ducret.
En 1882, un projet de barrage sous le Pont d'Enfer par le Sieur Maxime Coutier, nous renseigne parfaitement, par un plan des lieux, sur la disposition qui était celle des scierie et moulin au Pont d'Enfer. Les propriétaires sont trois frères Ducret-Lyset qui tentent de s'opposer au projet : "Ducret Joseph [5319 (marchand de bois, ayant la scierie)], Ducret Roland [5492 (meunier)] et Ducret Auguste [5616 (marchand de bois)] s’opposent à la construction du barrage projeté", par peur du reflux de l'eau, ou par mesquinerie dira le maire [7S 876].

Voir aussi les Autres moulins de Champfromier et de villages de proximité
Sources anciennes : Manuscrits 29, 56, 189 et 190, collection privée Delaville
Publication inédite : Ghislain lancel. Remerciements : Noël Guichon.
Première publication, le 1er mai 2024. Dernière mise à jour de cette page, le 20 mai 2024.